FIATA Congrès mondial
Moscou, 14 septembre 2005
‘’Le scénario douanier qui se profile ‘’
Kunio Mikuriya,
Secrétaire général adjoint, Organisation mondiale des douanes
Mesdames
et Messieurs c’est pour moi un grand plaisir et un grand honneur d’être admis à
prendre la parole devant un auditoire aussi distingué. Je voudrais exprimer ma
sincère reconnaissance à la FIATA pour m’avoir invité à son congrès mondial
annuel. La mission principale de l’industrie des transports étant de garantir
l’acheminement régulier des marchandises en trafic international, elle
constitue naturellement un partenaire privilégié pour la douane s’agissant
d’améliorer l’efficacité et le rendement des procédures appliquées aux
frontières. En fait, l’OMD se félicite de sa longue relation avec la FIATA qui
n’a jamais ménagé ses efforts pour accroître les connaissances de ses membres
et leur apporter une formation de manière que l’industrie puisse jouer un rôle
prépondérant dans l’amélioration de l’efficacité de la chaîne logistique. C’est
la raison pour laquelle j’apprécie particulièrement l’occasion qui m’est
offerte aujourd’hui de vous mettre au courant de nos plus récentes initiatives
et d’inviter la FIATA et ses membres à continuer de contribuer à la formulation
des politiques et d’influencer l’adoption de nouvelles mesures aptes à rendre
compte avec exactitude des besoins de cette industrie. Ensemble, nous devons
faire face à un monde en rapide évolution où la gestion de la chaîne logistique
internationale est devenue l’une des caractéristiques essentielles de la
stratégie des entreprises grâce aux avancées extraordinaires de la technologie
de l’information. Il nous apparaît donc opportun d’examiner le scénario qui se
profile tant pour la douane que pour nos partenaires commerciaux, y compris les
transporteurs.
La
fonction de la douane a évolué rapidement en réponse aux demandes des
gouvernements et à l’évolution de l’environnement dans lequel elle opère. Elle
a commencé sous la forme d’un service chargé du recouvrement des taxes à l’importation
qui étaient destinées à financer les activités de l’Etat. Même maintenant,
c’est encore la fonction principale des administrations des douanes dans la
majorité des pays en développement car ces taxes contribuent au développement
économique et social de ces pays. Partant de la fonction de contrôle fiscal aux
frontières, la douane a été également chargée de protéger la société contre
les entrées et sorties de marchandises prohibées et soumises
à réglementation. En revanche, il est reconnu par tous que les échanges
internationaux sont un élément moteur essentiel de la prospérité économique.
C'est la raison pour laquelle la facilitation des échanges a été choisie comme
un nouveau domaine de négociations dans le cycle actuel de négociations de Doha
de l'OMC, connu également sous le nom de Programme de Doha pour le développement.
La portée de ce programme est définie comme étant l'amélioration des procédures
commerciales, amélioration qui est censée diminuer le coût des transactions
internationales en simplifiant les formalités administratives aux frontières.
Parallèlement, il a été pris de plus en plus conscience de la vulnérabilité du
système commercial mondial aux menaces des terroristes et de la criminalité
organisée après les attentats du 11 septembre. Étant donné que la douane est en
poste aux frontières avec pour mission d'inspecter les cargaisons, recevoir les
renseignements dont sont assortis les mouvements de marchandises et connaître
les intervenants qui participent aux échanges internationaux, il est naturel
qu'elle soit chargée, avec d'autres organismes gouvernementaux, y compris la
police et les forces armées, d'assurer un niveau de sécurité accru du
territoire. Cette double préoccupation de facilitation et de sécurité est
souvent décrite comme étant les deux faces d'une même pièce car seule une
douane efficace, efficiente et conviviale est capable de répondre à ces deux
demandes en coopération étroite avec d'autres intervenants de la chaîne
logistique internationale. Cette évolution de la fonction de la douane a
conduit la communauté douanière internationale à mettre au point une nouvelle
série de normes, à savoir le Cadre de normes visant à sécuriser et à faciliter
le commerce mondial (le Cadre) qui regroupe tous les instruments et initiatives
existants de l'OMD.
En
fait, le Cadre est conçu pour assurer la sécurité de la circulation des
échanges internationaux de façon à ne pas entraver mais au contraire à
faciliter les échanges légitimes et à améliorer les opérations douanières.
Cette amélioration se traduira par une amélioration du recouvrement des
recettes fiscales et par une application adéquate des lois et règlements
nationaux grâce auxquels la douane contribue au développement économique et à
la protection de la société. À cet égard, je souhaiterais souligner que le
Cadre aidera également la douane et les entreprises avec lesquelles elle est en
rapport à aborder le problème sans cesse plus aigu de la contrefaçon en leur
donnant un aperçu du fonctionnement de la chaîne logistique, dont la
criminalité organisée exploite la vulnérabilité dans le but de se procurer des
profits illégaux. La douane et les fournisseurs de services devront remplir
leurs rôles respectifs en luttant contre cette épidémie qui commence à ronger
l’économie, qui lèse le commerce et les investissements légitimes ainsi que
l'intérêt des consommateurs. En conséquence, le Cadre s’inspire des principes
douaniers modernes élaborés par l'OMD qui sont contenus dans la Convention de
Koto révisée (Convention internationale relative à la simplification et à
l'harmonisation des régimes douaniers) et autres instruments d'assistance. Ces
principes modernes comprennent notamment l'application des techniques d'évaluation
des risques reposant sur des renseignements fournis par voie électronique avant
l'arrivée des marchandises afin d’identifier les envois à haut risque,
l'utilisation de la technologie moderne et la conclusion de partenariats avec
les entreprises. La plupart de ces principes ont été initialement élaborés par
la douane en consultation étroite avec les entreprises dans le cadre des
initiatives en matière de facilitation des échanges et ont été par la suite
améliorés en vue de répondre aux préoccupations en matière de sécurité tout en
garantissant la circulation sans entrave des marchandises légitimes. Une autre
fonction importante du Cadre est d'éviter d'imposer une tâche inutile à la
communauté du commerce international en lui demandant de remplir différentes
séries de conditions en vue de sécuriser et de faciliter les échanges. Cette
fonction nécessite une seule série de normes douanières internationales qui ne
font pas double emploi ni ne vont à l'encontre d'autres dispositions
intergouvernementales. De cette manière, le Cadre peut être utilisé pour
moderniser et renforcer la douane en vue de la préparer à l’évolution qu’elle
connaîtra au 21ème siècle.
L’un
des axes principaux développé dans le Cadre porte sur une amélioration de
l'évaluation des risques et de la gestion des risques grâce à des
renseignements électroniques préalables transmis par les opérateurs économiques
intervenant dans la chaîne logistique internationale ainsi que par un échange
de renseignements entre administrations des douanes. La communauté douanière
internationale a également fait des efforts dans cette direction. La Convention
de Kyoto révisée préconise vivement l'adoption de la technique de gestion des
risques, ce qui suppose de passer de la méthode de l’inspection intégrale des
cargaisons, ce qui est peu réaliste et inefficace, à une approche sélective
reposant sur le renseignement. L'utilisation de renseignements et de données préalables
permet à la douane d'évaluer le risque présenté par un envoi avant son arrivée, ce qui se traduit par une
diminution du temps nécessaire pour son dédouanement, comme le montre souvent
de manière empirique l'Etude de l'OMD sur le nécessaire pour la mainlevée. En
outre le Modèle de données douanières a été élaboré en vue de faciliter le
transfert électronique des données nécessaires à la douane. En partant de ces principes
de facilitation des échanges, et des outils mis au point par l'OMD, le Cadre
invite instamment les administrations des douanes à établir un système de
gestion des risques cohérent s'appuyant sur les directives contenues dans la
Stratégie mondiale en matière d'informations et de renseignement. Le Cadre
harmonise également les renseignements préalables sur les envois qui
permettront aux douanes d'entreprendre une évaluation des risques à des fins de
sécurité et recommande l’utilisation du
Modèle de données douanières qui contient tous ces éléments de données. En
outre, la Convention internationale d'assistance mutuelle administrative en
matière douanière de l'OMD (Convention de Johannesburg) fournit une excellente
assise légale aux fins de cet élément capital que constitue l’échange
international d'informations en couvrant l’échange préalable d’éléments de
données clés nécessaires à l’identification des envois à haut risque.
Le Modèle
de données douanières de l'OMD fournit un cadre de normes, des jeux de données
harmonisées et des formats normalisés de messages électroniques aux fins de
l'accomplissement des formalités aux frontières. Cet outil permet un échange de
renseignements efficace entre entreprises, entre entreprises et gouvernement et
entre gouvernements, ce qui facilitera le commerce international, diminuera les
coûts pour les entreprises et favorisera la croissance économique.
Naturellement, le Modèle de données douanières tient compte de l’ EDIFACT/ONU
et autre normes internationales, ce qui le rend apte à fonctionner avec les
modèles de données utilisés dans le secteur du commerce et celui des
transports. L'ONU tient à jour régulièrement le Modèle de données douanières et
procède actuellement à la détermination des besoins des autres organismes en
matière de renseignements. Il s'agit là d'une avancée importante vers la
normalisation des données exigées par tous les services publics en ce qui
concerne les échanges internationaux et d’une initiative qui autorise la mise
en œuvre de la notion de ‘’guichet unique’’. La Référence Unique de l’Envoi
(RUE) de l’OMD, qui consiste en l’attribution d’un numéro de référence à chaque
envoi, est encore une initiative importante qui permet à la douane de réunir et
de regrouper des renseignements provenant des divers intervenants dans la
chaîne logistique afin de surveiller et, par la même, de faciliter la
circulation des marchandises. En ce sens, la RUE pourrait être assimilée à une
sorte d’agrafe électronique. Le Cadre recommande vivement d’utiliser le Modèle
de données douanières, le Guichet unique et la RUE car tous jouent un rôle
important dans la sécurisation et la facilitation des échanges internationaux
dans le cadre du commerce électronique et des formalités douanières
informatisées.
Il
est évident que tous ces efforts doivent être entrepris par la douane en
coopération étroite avec les entreprises. En fait, le Cadre comporte deux
piliers : les arrangements conclus entre douanes et les partenariats entre
douanes et entreprises. L’élément central du pilier douanes- entreprises est
l’Opérateur Economique Agréée (OEA) qui intervient dans la chaîne logistique et
qui est approuvé par la douane après qu’elle a vérifié qu’il applique et
respecte les normes de sécurité en vigueur. Par OEA on entend notamment les
fabricants, les importateurs, les exportateurs, les transitaires, les
transporteurs, les groupeurs, les intermédiaires, les ports, les aéroports, les
exploitants de terminaux, les opérateurs intégrés, les entrepôts et les
distributeurs. Ils agissent en tant que partenaires pour ce qui est de la
sécurité en évaluant les menaces et les dangers dont peuvent faire l’objet leur
propre chaîne logistique et en réglant les problèmes à leur niveau. Ils aident
de ce fait la douane dans l’exercice de ses fonctions en matière de sécurité en
diminuant les risques encourus et en facilitant les échanges légitimes. Pour
les OEA, les avantages présentés sont certains du fait d’un traitement plus
rapide des marchandises par la douane car la fréquence des vérifications pourra
être diminuée et l’uniformisation et le caractère prévisible des procédures
douanières feront que les renseignements à faire figurer dans les rapports à communiquer
aux autorités douanières seront moins nombreux.
J’ai
abordé jusqu’à présent la façon dont le Cadre couvre les diverses initiatives
de l’OMD et pourrait servir de moteur pour faciliter le commerce légitime tout
en
tenant
compte des préoccupations concernant la sécurité des échanges. Toutefois, à
l’échelon international, une autre question , celle des négociations de l’OMC
sur la facilitation des échanges, aura une incidence sur les procédures
douanières. La pression politique qui est associée à cette question
s’appliquera également tant aux Membres actuels de l’OMC qu’aux pays en cours
d’adhésion à cette organisation. Un certain nombre de propositions visant à
préciser et à améliorer les trois articles du GATT relatifs aux procédures
applicables aux frontières ont été présentées à l’OMC par ses membres.
Les
propositions relatives à l’Article V (transit) ont essentiellement trait à la
simplification et à la transparence des procédures de transit. Les propositions
relatives à l’Article VIII (redevances et formalités) intéressent un large
éventail de domaines et préconisent notamment l’introduction des techniques de
gestion des risques, le dédouanement avant l’arrivée des marchandises et
l’informatisation associée à la communication de données électroniques
normalisées, la mise en place du guichet unique, la coordination des services
aux frontières et la diminution du temps nécessaire au dédouanement. Les
propositions relatives à l’Article X (publication et voies de recours) ont
trait à l’utilisation des sites web pour fournir des renseignements, notifier à
l’OMC les nouvelles lois et les nouveaux règlements, communiquer les décisions
préalables, accéder au centre d’information unique, consulter la communauté
commerciale et introduire des recours. Lorsque nous examinons la teneur des
propositions soumises qui ont été récapitulées par le Secrétariat de l’OMC,
nous constatons que la Convention de Kyoto révisée et autres instruments de
l’OMD couvrent fondamentalement toutes les questions de nature douanière
abordées dans les propositions. En outre, plusieurs instruments de l’OMD sont
mentionnés dans les propositions de l’OMC comme constituant des normes
internationales. Il s’agit notamment en l’occurrence de la Convention de Kyoto
révisée , de la Convention sur le Système harmonisé qui régit le classement
tarifaire des marchandises, du Modèle de données douanières, de l’Etude du
temps nécessaire pour la mainlevée et autres. Nous estimons en conséquence que
ce programme de l'OMC fournit une bonne occasion pour la douane et les
entreprises d'appeler l'attention du monde politique sur la nécessité de poursuivre
les efforts visant à simplifier les procédures aux frontières en ayant recours
pour ce faire aux instruments et aux activités existants de l'OMD. Cette prise
de conscience politique pourrait servir à appuyer l'application efficace des
principes contenus dans la Convention de Kyoto révisée et fournir également une
bonne base pour la mise en oeuvre du Cadre de normes.
En ce
qui concerne la mise en oeuvre du Cadre de normes et l'issue possible des
négociations de l'OMC, nous devrions admettre avec réalisme qu'il sera
nécessaire d'adopter une approche par étapes qui sera fonction des capacités de
chaque administration et des pouvoirs dont elle doit nécessairement disposer
sur le plan législatif. Nous estimons qu'une approche holistique, reposant sur l’existence
d’une volonté et d’une éthique politiques réelles est nécessaire à la mise en
oeuvre de normes internationales douanières relatives au renforcement des
capacités. En outre, nous devrions faire participer d'autres organismes en
poste aux frontières afin d'assurer une gestion et un contrôle intégrés de celles-ci,
ce qui faciliterait les échanges et permettrait d'améliorer la sécurité. En
réponse à une demande formulée par ses membres, l'OMD a créé une Direction du
renforcement des capacités afin de les aider à maîtriser les initiatives en
matière de modernisation douanière mises en œuvre dans leur administration.
Heureusement, 100 membres de l'OMD environ, dont un grand nombre nécessitera un
renforcement des capacités, ont déjà fait part de leur intention de mettre en
oeuvre le Cadre de normes. Je souhaiterais donc inviter instamment la
communauté des entreprises à appuyer sans réserve nos initiatives visant à
obtenir l'engagement des responsables politiques ainsi que des ressources
renouvelables aux fins du renforcement des capacités de la douane. Enfin, nous
estimons qu'il est essentiel de renforcer les engagements en matière de coopération
conclus entre la douane et les entreprises en ce qui concerne la mise en oeuvre
des normes. Le Cadre de normes de l'OMD et les négociations de l'OMC fourniront
tous deux une excellente occasion à la douane, aux transitaires et autres
intervenants principaux de la chaîne logistique d'élaborer des pratiques
d'excellence visant à faciliter la circulation sans entraves des marchandises
dans un environnement transparent et sécurisé. Il nous faut reconnaître que
nous n'en sommes qu'à un stade initial de cette mise en oeuvre et qu'il nous
faudra des lors procéder de manière empirique. Toutefois, j'ai la ferme
conviction que par un engagement réel, un dialogue et une coopération étroite
entre toutes les parties intéressées, nous serons en mesure de régler
conjointement les questions liées à la mise en oeuvre. Nous espérons
sincèrement que la FIATA et ses membres pourront montrer la voie dans ce
domaine en s'appuyant sur un partenariat renforcé entre la douane et le secteur
privé reposant sur la confiance. C'est en effet la clé des changements ouvrant
la voie vers un monde meilleur.
Je
vous remercie de votre attention.